« La nuit artificielle »

Tag: Steven Spielberg

Deux mauvais films américains (Premier contact de Denis Villeneuve et Alliés de Robert Zemeckis)

vlcsnap-2016-12-10-00h46m52s948L’ARBITRAIRE DU SIGNE
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Premier contact de Denis Villeneuve

Si Zemeckis est un mauvais faiseur (voir plus bas, Alliés), Villeneuve est un mystificateur — pour ne pas dire un charlatan. Quelques années après Prisoners, déjà largement sur-estimé, Premier contact est un film de science fiction qui s’installe entre Rencontres du troisième type et Interstellar, mais cherche tellement peu à creuser un sillon qui lui soit propre qu’il se révèle finalement stérile. Au bout d’une heure trente de diversion, dans l’une des plus mauvaises fin qu’on ait vues récemment, le film avoue que ce qu’il raconte est incohérent, ce qui veut dire ici purement gratuit puisque l’incohérence n’est compensée par aucune proposition visuelle à la hauteur.  Lire la suite »

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Midnight Special, de Jeff Nichols

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MÉLANCOLIE AMÉRICAINE
(Midnight Special, héritier de Rencontres du troisième type)
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Discrètement, sous le masque du divertissement, Midnight Special est l’un des films américains les plus forts ces temps-ci. Il s’installe par son affiliation à une lignée de cinéma antérieure et par le positionnement qu’il adopte vis-à-vis d’elle, dans une position marquante pour le cinéma américain contemporain.

Le film suit le parcours de Roy (Michael Shannon), un homme d’une quarantaine d’années, en cavale avec son fils, Alton (Joel Edgerton), doté de pouvoirs surnaturels. Âgé de huit ans, l’enfant devient la proie d’une secte qui voit en lui le messie et des forces de l’ordre qui veulent l’empêcher de nuire. Le père, le fils et un ami policier se lancent donc sur les routes, en direction d’un mystérieux emplacement géographique où Alton pourra passer vers l’autre monde. Pour cette équipée réduite, le moteur de l’action est double : il s’agit autant de fuir ceux qui pourchassent que de se rapprocher du lieu qui protège.

Dans ses grandes lignes, le scénario est presque le même que celui de Rencontres du troisième type (1977), et ce n’est évidemment pas un hasard puisque c’est dans les pas de Spielberg que Jeff Nichols choisit de marcher. Ou plutôt, c’est à partir du chemin qu’il a tracé il y a quarante ans que Nichols choisit de penser. Car Midnight Special n’est pas un hommage qui se satisferait de remettre au goût du jour le brio des Anciens. C’est un film qui pense et le fait en prenant pour outil le cinéma de la génération précédente. Et si Jeff Nichols pense à partir de Spielberg, c’est d’abord qu’il ne le regarde plus les yeux grands ouverts. Plutôt que désigner avec admiration le geste de cinéma de Spielberg, il comprend qu’en être un descendant digne suppose l’accomplissement de gestes équivalents.

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These Final Hours, de Zak Hilditch

67e Festival de Cannes — lundi 19 mai 2014

These Final Hours de Zak Hilditch. Quinzaine des réalisateurs – Théâtre Croisette J.W. Marriott – 22h

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Le film n’est pas seulement raté : il est indigent et indigeste, ce qui jette un soupçon sur la façon dont sont sélectionnés les films de la Quinzaine des réalisateurs. Il n’y a pas l’once d’une invention, ni visuelle ni narrative. On a, en revanche, droit à tous les pires clichés, exploités sans aucune subtilité.

L’histoire est d’une bêtise sans nom : soit un homme qui plutôt que rester avec sa bien aimée (la brune) pour ses dernières heures décide de prendre la route pour gagner une fête géante où il espère se ravitailler en drogue et où se trouve sa maîtresse (la blonde). Une fois arrivé à destination, il réalise — après que sa maîtresse lui a fait une fellation tout de même — qu’il ne l’aime pas vraiment et préfère sa copine brune : il fait donc demi-tour pour revenir au point de départ.
Ce chemin est rendu plus distrayant par la présence d’une petite fille perdue qu’il récupère in extremis alors qu’elle venait de se faire enlever et qu’il doit ramener à ses parents pour qu’elle puisse mourir auprès d’eux. Lire la suite »

It follows, de David Robert Mitchell

67e Festival de Cannes — dimanche 18 mai 2014

It follows de David Robert Mitchell. 53e Semaine de la critique – La Licorne – 14h

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La première séquence du film est sans doute la plus belle. La caméra filme en plongée, dans un plan de demi-ensemble, une rue de banlieue résidentielle américaine. Une jeune femme sort de chez elle effrayée, poursuivie par quelque chose. Un voisin qui lave sa voiture, des passants la regardent sans la comprendre : eux ne voient rien. « It follows ». Traditionnellement, dans le cinéma d’horreur (et pas seulement d’ailleurs : dans tous les cinémas basés d’abord sur la vision : Spielberg, Minnelli, etc.) « It » renvoie au hors-champ, à une horreur si forte qu’il est d’abord impossible et inutile de la montrer (artifice par lequel mimant la sidération de celui qui regarde et qui est effrayé, la caméra se paralyse sur son visage ou ses yeux). Dans cette première séquence, c’est de la que vient sa beauté, le hors-champ terrifiant est intégré au cadre : « it » est une chose invisible pour nous mais vue par le personnage qu’elle poursuit.  Lire la suite »

Twelve Years a Slave, de Steve McQueen

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LA VIOLENCE (« GONFLEMENT DU REPRÉSENTÉ »)Sans titre 5

Il y a un an sortait en France Django unchained de Quentin Tarantino. Au milieu de ce beau film, jubilatoire par les libertés qu’il s’autorisait à l’égard de la représentation classique du passé national américain, une scène venait momentanément troubler le propos du cinéaste (ici). On y voyait le marchand d’esclaves Calvin J.Candie (Leonardo DiCaprio) forcer deux hommes noirs à se battre jusqu’à ce que l’un provoquât la mort de l’autre, ce qui ne manquait pas d’arriver au bout d’une séquence particulièrement dérangeante. Quentin Tarantino s’y révélait subrepticement dans un rapport plus ambigu qu’il ne paraissait à ce qu’il dénonçait : à savoir la traite négrière. L’espace d’un instant, la mise en scène de la séquence oubliait de se subordonner au regard du bourreau DiCaprio, et les images de lutte à l’écran trahissaient la présence d’un œil captivé par le spectacle. Lire la suite »