« La nuit artificielle »

Tag: Marcel Proust

« Au lieu de voir un seul monde… »

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Marcel Proust, Le Temps retrouvé, 1927

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Une jeunesse dorée, d’Eva Ionesco

(Bloc-notes)

BAISERS GLACÉS

Le deuxième film d’Eva Ionesco souffre d’un manque d’incarnation. On peine à croire qu’il y ait vraiment quoi que ce soit de vivant sous les masques de ces plus ou moins jeunes dandys proclamant pourtant à qui veut l’entendre que la seule condition valable pour eux est une existence débridée, où tous les désirs, toutes les pulsions, tous les excès seraient non seulement autorisés mais érigés en lois.

On pourra d’abord penser que ce sont les contradictions des personnages et que, assez astucieusement, la mise en scène les pointe du doigt en désignant, au contraire du discours tenu, la rigidité des corps et la froideur des chairs. Mais ce serait ne pas voir que ni l’ouverture ni la clôture du film ne proposent de programme alternatif en contraste. Et de piquante et mordante que la mise en scène se devrait d’être vu le scénario, elle se contente d’offrir une retranscription de ce dernier assez plate et où absolument tout se vaut — la supposée sincérité et le jeu de masques, le désir réel et le désir joué, l’expression sobre et la parole sous drogues, les rires et les larmes — sans jamais que ce grand mélange ne provoque aucun vertige. L’absence de contraste est telle qu’il en devient difficile de discerner les arcs émotionnels des personnages. On se retrouve donc à essayer de restituer des intentions narratives tout en assistant à un cabotinage d’acteurs sur la scène d’un théâtre ni vraiment narratif, ni vraiment contemplatif.

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Fanny et Alexandre, d’Ingmar Bergman

ETRANGE FAMILIARITE

Fanny et Alexandre, I.Bergman, 1982Au festival Lumière de Lyon, Emmanuelle Devos présentait cette semaine Fanny et Alexandre d’Ingmar Bergman. Elle s’inscrivait dans la tradition du festival qui veut que ce soit des personnalités n’ayant ni réalisé, ni assisté, ni joué dans les œuvres projetées qui viennent les présenter. Cette formule trouvait cette fois avec la comédienne du récent Temps de l’aventure (J.Bonnell, 2013) une pertinence particulière. N’ayant rien à voir avec Bergman, elle ne pouvait parler que de son expérience de spectatrice, c’est-à-dire de notre expérience à tous. Or Fanny et Alexandre est d’abord un film pour simples spectateurs, je veux dire pour tous ceux qui auront goûté quelques films avant d’entrer dans cette salle-ci. Le seul aspect que j’évoquerai ici est le pouvoir de fascination qu’exerce le film sur le spectateur, fascination née de l’actualisation de tout un héritage (de toute une mythologie ?) de cinéma.
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