« La nuit artificielle »

Tag: les gens

Jean Gruault

Jean Gruault, Alain Resnais, Nicole Garcia, Roger Pierre

Jean Gruault, Alain Resnais, Nicole Garcia, Roger Pierre

La mort de Jean Gruault, scénariste
(1924 – 2015)

     Aujourd’hui que ce destin est au moins aux trois quarts accompli, qu’en est-il ? Qu’en est-il, cinquante ou soixante ans plus tard, lorsqu’au lieu de regarder vers l’avenir, je me tourne vers le passé ? Etais-je tout à fait le même hier, il y a un an, dix, vingt, trente et plus ? Eh bien, non !

     Je est non seulement un autre, comme dit l’Autre, mais plusieurs. Nous verrons lesquels.

     Les vestiges de mes tribulations passées, objets perdus et retrouvés, souvenirs fugaces, lettres, photos, coquillages, manuscrits, coupures de presse, fiches de paye ou feuilles d’impôts, veilles affiches, vieux bouquins, vieux jouets, vieux pulls, vieux regrets, vieilles maisons, vieux amis, vieilles conneries, si touchants soient-ils, finissent pas me laisser froid. Ils évoquent un disparu (ou deux, ou trois) dont les maigres débris sont éparpillés çà et là dans les mémoires de ceux qui l’ont connu. Je considère ce qu’il en reste dans la mienne avec curiosité, une sympathie mélangée, le détachement de l’archéologue examinant les reliques d’une civilisation oubliée. Cela donne une figure assez vague qui se confond presque, aujourd’hui, avec celle tout aussi imprécise de ce double à qui je prêtais, dans mes premières années, des aventures improbables mais pour moi ni plus ni moins réelles à l’instant précis où j’écris ces lignes (au fait : est-ce bien moi qui les écrits ?) que celles qui me seraient, si j’en crois les témoins (mais doit-on les croire ? ), effectivement arrivées. 

     Le passé n’existe pas. Il faut l’inventer.

(Jean Gruault, Ce que dit l’autre, Paris, Julliard, 1992) Lire la suite »

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Claude Chabrol

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« J’avais aussi des problèmes avec les filles. Depuis Huguette, forcément, j’avais des idées derrière la tête. Les surprises-parties, avec les orangeades et les machins comme ça, c’était plus du tout de mon âge. J’étais bien plus mûr que les autres types et j’avais d’autres ambitions. Mais, à Paris, les choses ne se passaient pas comme à Sardent : je n’arrivais à rien avec les filles que je connaissais. Du coup, je suis devenu complètement obsédé : je me suis mis à faire des « petits mains » dans le métro.

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Manoel de Oliveira

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« Mes dates clés » (Libération, 11 septembre 2002)

1908. Je suis né à Porto, dans une famille bourgeoise et dans une grande maison, rue du 9 de Julho, en haut de ce qu’on appelait la colline des fourmis. A côté se tenait l’usine de passementerie de mon père. C’est une vie difficile à expliquer : les femmes s’occupaient beaucoup de la maison, du bien-être de la famille. On allait à la messe, on était religieux, mais pas trop. Le monde extérieur à la maison était le domaine du mari. Certains étaient plus libres, d’autres plus fidèles. La loi ne donnait aux femmes le droit de divorcer que si l’adultère avait été commis dans la maison. Voilà qui exprime assez la morale du temps.

1913. Premier souvenir de cinéma, des rails de chemin de fer dans la forêt, il y passait des serpents. Je me souviens aussi d’un film d’animation avec des poupées, des ours. Ensuite, il y a eu un comique, Toribio, qu’en France on appelait Boireau, un burlesque de la maison Pathé. J’aimais aussi Max Linder, un dandy, un bohème. Pour moi, Linder reste le créateur du comique. Mais j’étais très amoureux de Mary Pickford, une vraie passion. Lire la suite »

Stanley Kubrick

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STANLEY KUBRICK

« Dans l’histoire du cinéma, Kubrick restera donc comme la figure de l’Auteur triomphant, du cinéaste-artiste complet. (…) On oubliera que Kubrick n’a jamais remporté le moindre Oscar et que l’establishment hollywoodien s’est toujours défié du reclus d’Angleterre, jusqu’à ce que la génération des années 1970 (de Coppola à Lucas/Spielberg) s’en empare comme héros et modèle à suivre. » (Frédéric Bonnaud) Lire la suite »