« La nuit artificielle »

Tag: La Mort aux trousses

Smoking / No Smoking

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La ville dans le film noir américain

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VALEUR DE LA VILLE DANS LE FILM NOIR AMERICAIN
Murder my sweet2

Lorsqu’Ernest Lehman écrit le scénario de North by Northwest pour Alfred Hitchcock, il sait que le cinéaste aime subvertir les codes tacites du cinéma américain, et particulièrement la construction des passages stratégiques (ouverture, climax, clôture). L’ouverture de Dial M for Murder utilise le montage rapide non pas pour accélérer le rythme auquel sont délivrées les informations mais pour brouiller le portrait de Margot Wendice (Grace Kelly), celle de Rear Window présente la même actrice en total décalage avec l’appartement de Jefferies (James Stewart) comme pour dénoncer les procédés habituels pour l’entrée des stars à l’écran. Dans North by Northwest, c’est le climax qui est transfiguré. La poursuite du héros (Cary Grant) par ceux qui veulent l’abattre se déroulera donc dans un espace à l’exact opposé de ceux habituellement montrés : un paysage de champs de blé à perte de vue, en plein jour et par beau temps. Lehman prend alors le contrepied des attentes d’une génération de spectateurs formés dans les années 1940 et 1950 par les films à intrigues policières : le film de gangster, le film policier et avant tout le film noir. Lire la suite »

Problématique du spectateur (Sueurs froides, d’Alfred Hitchcock)

PROBLÉMATIQUE DU SPECTATEUR

L’ouverture de Vertigo d’Alfred Hitchcock est la meilleure introduction au questionnement sur la place du spectateur.

1Le film raconte dans ses grandes lignes la fascination d’un homme pour une femme et ses conséquences. John Ferguson, surnommé Scottie, (James Stewart), policier sur la touche, est chargé de suivre Madeleine, la femme d’un de ses amis, prétendument habitée par une de ses ancêtres. Il la surveille jusqu’à ce qu’en trompant sa vigilance elle 3parvienne à se suicider. Mais bientôt elle semble revenue d’entre les morts en la personne de Judy, une jeune femme qui lui ressemble à s’y méprendre. La fin du film apprendra qu’il n’y a depuis le début qu’une seule femme. Judy est en fait la maîtresse de l’ami de Scottie et le couple adultère cherche à se 2débarrasser de la femme légitime. Scottie, n’ayant jamais vu Madeleine, croit la voir lorsqu’il rencontre en fait Judy… qui le mène à la baguette jusqu’au meurtre de la vraie Madeleine (l’épouse jetée du haut d’un clocher) qu’il croit être un suicide (prise de démence, elle se serait jetée volontairement). Lire la suite »

Prisoners, de Denis Villeneuve & Le Passé, d’Asghar Farhadi

L’ART DE LA MYSTIFICATION

Le nouveau film de Denis Villeneuve pose le même problème que Le Passé d’Asghar Farhadi. Les deux films semblent construits autour d’un questionnement moral qui serait leur cœur voilé à découvrir progressivement. Pendant deux heures, ici, Keller Dover (Hugh Jackman), père d’une fillette disparue, concentre toute l’attention et éclipse l’inspecteur de policier chargé de l’enquête (Jake Gyllenhaal). Ce père retient en effet prisonnier celui qu’il croit être le ravisseur de sa fille (Paul Dano). Ce second niveau de captivité est le plus intéressant car bientôt il devient évident que les deux fillettes sont mortes et le point aveugle vers lequel le film se dirige lentement est celui d’une remise en cause de nos certitudes morales. Le spectateur attend qu’on découvre enfin que le criminel n’est pas celui que le père détient, que l’innocent meure éventuellement, pour qu’enfin ce père de famille soit mis face au mal qui plane autant autour de lui qu’en lui. Le terrain est d’ailleurs tout à fait préparé : de longues séquences nous montrent en effet les allées et venues d’Hugh Jackman, seul ou avec le père de l’autre fillette (Terrence Howard), bientôt rejoint par sa femme (Viola Davis) dans la seconde moitié du film. De sorte que progressivement, cette sous-intrigue (le châtiment du faux coupable) dans l’intrigue (la disparition des fillettes) prend toute la place : le nombre de personnages impliqués augmente, la maltraitance infligée au suspect s’accentue, la possibilité de la culpabilité de celui-ci s’estompe de plus en plus.
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