« La nuit artificielle »

Tag: Joel et Ethan Coen

Blue Ruin, de Jeremy Saulnier

Sans titre

L’ouverture du film est construite sur un faux tempo : on croit d’abord que l’annonce de laquelle tout part (la libération de l’assassin des parents du personnage principal) et les changements qui s’ensuivent (il interrompt son errance en marge de la société pour venger directement ses parents) seront interrompus une fois qu’il sera face à la réalité de son projet fou. Tout tend à étayer l’idée de son instabilité et de sa fragilité, à commencer par la scène où il voit sa proie sortir de prison. Ses yeux s’emplissent alors de larmes et on s’attend à ce qu’il ne puisse pas redémarrer et reste là, sidéré. Il prend pourtant la voiture de l’ex-prisonnier en chasse jusqu’au restaurant en bord de route où ils s’arrêtent. Dwight, le vengeur, confirme alors son amateurisme lorsque, caché dans les toilettes, prêt à prendre sa proie par surprise, ce qui est sans doute de l’indécision lui fait perdre l’avantage et le pousse à tuer presque contre sa volonté. Faux tempo donc, car au regard des premières minutes et du portrait esquissé du personnage, il n’eût pas été illogique que le film tergiverse davantage autour du meurtre. Au lieu de ça, donc, la mécanique autour de laquelle tout s’articulera se lance rapidement : la vengeance appelant une contre-vengeance, Dwight est en danger et doit se défendre contre toute la famille de sa première victime.

Que propose le film une fois lancé sur cette voie ? Lire la suite »

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Dix films de 2013

1. LA VIE D’ADELE,
d’Abdellatif Kechiche (France)adele

2. L’INCONNU DU LAC,
d’Alain Guiraudie (France)inconnu3

3. A TOUCH OF SIN,
de Jia Zhang-ke (Chine)

a touch of

4. Mud : Sur les rives du Mississippi, de Jeff Nichols (États-Unis)

5.Django unchained, de Quentin Tarantino (États-Unis)

6.Snowpiercer, le Transperceneige, de Bong Joon-ho (Corée du Sud, États-Unis)
Michael Kohlhaas, d’Arnaud des Pallières (France)

8.The Immigrant, de James Gray (États-Unis)
Inside Llewyn Davis, de Joel et Ethan Coen (États-Unis)

10. Grand Central, de Rebecca Zlotowski (France)
Le Temps de l’aventure, de Jérôme Bonnell (France) *

LE VISAGE DE 2013

Tirer la synthèse d’une année de cinéma est impossible, et d’autant plus pour 2013. Cette année encore le nombre de films a augmenté (plus d’une quarantaine de films par mois) et il est donc quasiment impossible de tout voir. Surtout, et c’est plus intéressant, beaucoup de films cette année ont cherché à tracer un sillon qui leur soit propre, rendant difficile toute tentative de regroupement en catégories distinctes. Lire la suite »

Inside Llewyn Davis, de Joel et Ethan Coen

LES MÉTAMORPHOSES DU CHAT

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La deuxième séquence de « Inside Llewyn Davis » montre le réveil d’un homme. C’est Llewyn Davis (joué par Oscar Isaac), le chanteur qu’on vient de voir se produire dans un bar avant d’être passé à tabac par un homme à l’arrière du bar. C’est un chat, le chat vivant dans l’appartement où il a réussi à se faire héberger, qui le réveille.

La première séquence se présente comme une introduction du personnage assez classique : d’abord le visage en gros plan (le chanteur au café), puis le corps en plan de demi-ensemble (dans la rue). Cette introduction, la deuxième séquence la rejoue : d’abord le visage endormi, en gros plan, puis le corps qui se réveille et passe la tête dans le couloir pour savoir si ses hôtes sont encore là (demi-ensemble). La seule différence tient dans l’introduction d’un chat qui a droit, lui aussi, à une présentation en gros plan (la face du chat sur tout l’écran) et en demi-ensemble (le chat dans le couloir). Le film s’ouvre donc en posant les bases d’une potentielle future métaphore : Llewyn – le chat. Très intelligemment pourtant, les frères Coen n’offriront jamais au spectateur l’actualisation de cette métaphore. Le chat disparaît rapidement et ne reste plus alors sur l’écran que Llewyn Davis. Le personnage, traînant son échec, décide de quitter New York pour gagner Chicago où l’attend une nouvelle fois l’insuccès. Le gérant d’une salle de spectacle, après l’avoir écouté chanter, cache sa joie (« On ne va pas faire beaucoup d’argent avec ça »). Et Llewyn Davis, à peine arrivé, repart pour New York. Lire la suite »