« La nuit artificielle »

Tag: France

Synonymes, de Nadav Lapid

 PARIS, JE T’AIME

Ce qui étonne d’abord dans Synonymes, c’est l’extraordinaire vitalité de la mise en scène de Nadav Lapid. Absolument souveraine, libérée de tous carcans, elle s’aventure où elle veut quand elle veut, au mépris parfois de la lisibilité, au mépris souvent d’un idéal de transparence de la mise en scène dont on pourrait dire qu’il est revenu en grâce, 60 ans après la Nouvelle Vague, dans la majeure partie de la production. Et qu’il soit assumé ou non, cet idéal laisse trop souvent la place, comme seule alternative, à des poses auteuristes dissimulant mal un vide de pensée ne contribuant pas moins à l’édification d’un nouveau mainstream. Lire la suite »

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Blanche comme Neige, d’Anne Fontaine

REGARD MASCULIN

Le dernier film d’Anne Fontaine est très décevant parce qu’il ne tient pas la promesse faite à l’ouverture de revisiter le conte des frères Grimm. Au lieu d’une adaptation assumant la singularité d’un point de vue sur une matière devenue au fil du temps propriété collective, la cinéaste propose une transposition léchée, sans aspérités, et dont le potentiel de résonance se révèle inexistant. Trois ans après le beau film Les Innocentes, elle passe cette fois complètement à côté de ce qu’elle entreprend. Lire la suite »

Doubles Vies, d’Olivier Assayas

[bloc notes] 
« CACHEZ DONC CE HORS-CHAMP… »

Le dernier film d’Olivier Assayas, Doubles Vies, porte en lui quelque chose de peu aimable. On peine à comprendre ce qui intéresse vraiment Assayas dans ce quadruple portrait de Parisiens (Guillaume Canet, Juliette Binoche, Vincent Macaigne et Nora Hamzawi) gravitant dans le monde de l’édition. Son regard paraît étonnamment étriqué — faussement mordant, d’abord, puis de plus en plus complaisant, jusqu’à être, finalement, sans distance. Ces bourgeois, dont le capital est d’abord culturel, ne semblent pincés que pour être mieux caressés ensuite. Mais le problème du film n’est pas tout-à-fait là. Assayas peut bien filmer qui il veut, il n’y a ni sujets ni personnages qui n’aient droit de cité et la justesse du regard est la seule chose qui compte. Or c’est justement le regard porté qui est gênant. On n’attendait pas d’Assayas qu’il se transforme en satiriste façon Chabrol — ce qu’il n’a jamais été — mais pas non plus que la mollesse qu’il met à traquer les travers de ses personnages se double d’une réticence sans ambiguïté quand il s’agit de donner une place aux divers « hors-champ » pourtant appelés par le film. Lire la suite »

Les Estivants, de Valeria Bruni-Tedeschi & Deux fils, de Félix Moati

SIMPLES SPECTATEURS

Les Estivants, le nouveau film de Valeria Bruni-Tedeschi et Deux fils, le premier de Félix Moati n’ont apparemment pas grand-chose en commun mais ont produit sur moi la même indifférence dont l’élucidation n’est pas si évidente. Les films n’ont en effet rien de repoussant a priori et leurs ouvertures respectives sont prometteuses. D’un côté, le double échec d’Anna (Valeria Bruni-Tedeschi), à la fois sentimental (elle est quittée par Luca, l’acteur qu’elle aime) et professionnel (le CNC ne soutient plus ses films), au moment de retrouver, dans la propriété familiale de la Côte d’Azur, un microcosme qui l’étouffe. De l’autre, les crises existentielles conjuguées de Joseph (Benoît Poelvoorde, qui perd son frère et décide d’assumer qu’il se consacrera désormais à l’écriture), et ses fils Joachim et Ivan (Vincent Lacoste qui bloque sur sa thèse de psychiatrie et n’arrive pas à se remettre de ses peines de cœur, Mathieu Capella en crise mystique qui ne parvient pas à se faire aimer d’une camarade de classe). Soit, donc, des personnages en situation critique, avec dans les mains des boules de nœud(s) à résoudre qui devraient les rendre attachants ou du moins susciter de la curiosité. Lire la suite »

L’Heure de la sortie, de Sébastien Marnier

[Bloc-notes]

6 + 1

Le précédent film de Sébastien Marnier, Irréprochable, avait été l’un des plus beaux, des mieux écrits et des mieux mis en scène de 2016. Le scénario de celui-ci patine tout le milieu du film, la dramaturgie se reposant sur l’exploitation de la possible paranoïa du personnage principal sans pour autant faire avancer l’intrigue. On est dans Take Shelter (J.Nichols, 2011) mais Pierre Hoffman (Laurent Lafitte) n’a pas assez à perdre ou ne se met pas assez en danger pour que les péripéties de sa relation aux 6 élèves surdoués (vol d’ordinateur, espionnage, découverte de fichiers vidéos cachés) soient jamais très prenantes. C’est peut-être qu’à vouloir échapper aux enjeux attendus de ce type de films (le prof mis à pied pour immixtion dans l’intimité de ses élèves, l’élève maître-chanteur, le conflit entre profs sur le traitement à réserver aux élèves, etc.) le film oublie que Lafitte aussi est en danger.

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Une jeunesse dorée, d’Eva Ionesco

(Bloc-notes)

BAISERS GLACÉS

Le deuxième film d’Eva Ionesco souffre d’un manque d’incarnation. On peine à croire qu’il y ait vraiment quoi que ce soit de vivant sous les masques de ces plus ou moins jeunes dandys proclamant pourtant à qui veut l’entendre que la seule condition valable pour eux est une existence débridée, où tous les désirs, toutes les pulsions, tous les excès seraient non seulement autorisés mais érigés en lois.

On pourra d’abord penser que ce sont les contradictions des personnages et que, assez astucieusement, la mise en scène les pointe du doigt en désignant, au contraire du discours tenu, la rigidité des corps et la froideur des chairs. Mais ce serait ne pas voir que ni l’ouverture ni la clôture du film ne proposent de programme alternatif en contraste. Et de piquante et mordante que la mise en scène se devrait d’être vu le scénario, elle se contente d’offrir une retranscription de ce dernier assez plate et où absolument tout se vaut — la supposée sincérité et le jeu de masques, le désir réel et le désir joué, l’expression sobre et la parole sous drogues, les rires et les larmes — sans jamais que ce grand mélange ne provoque aucun vertige. L’absence de contraste est telle qu’il en devient difficile de discerner les arcs émotionnels des personnages. On se retrouve donc à essayer de restituer des intentions narratives tout en assistant à un cabotinage d’acteurs sur la scène d’un théâtre ni vraiment narratif, ni vraiment contemplatif.

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Un beau soleil intérieur, de Claire Denis

RESTER OPEN

J’ai vu peu de films en salle cette année, et davantage de rééditions que d’inédits. Vue de cette fin décembre, la liste des films découverts en 2017 est plutôt décevante. Quelques très beaux moments de cinéma émergent néanmoins.

Un beau soleil intérieur, de Claire Denis, est l’une de ces surprises, peut-être la plus marquante.  Lire la suite »