« La nuit artificielle »

Tag: France

Synonymes, de Nadav Lapid

 PARIS, JE T’AIME

Ce qui étonne d’abord dans Synonymes, c’est l’extraordinaire vitalité de la mise en scène de Nadav Lapid. Absolument souveraine, libérée de tous carcans, elle s’aventure où elle veut quand elle veut, au mépris parfois de la lisibilité, au mépris souvent d’un idéal de transparence de la mise en scène dont on pourrait dire qu’il est revenu en grâce, 60 ans après la Nouvelle Vague, dans la majeure partie de la production. Et qu’il soit assumé ou non, cet idéal laisse trop souvent la place, comme seule alternative, à des poses auteuristes dissimulant mal un vide de pensée ne contribuant pas moins à l’édification d’un nouveau mainstream. Lire la suite »

Blanche comme Neige, d’Anne Fontaine

REGARD MASCULIN

Le dernier film d’Anne Fontaine est très décevant parce qu’il ne tient pas la promesse faite à l’ouverture de revisiter le conte des frères Grimm. Au lieu d’une adaptation assumant la singularité d’un point de vue sur une matière devenue au fil du temps propriété collective, la cinéaste propose une transposition léchée, sans aspérités, et dont le potentiel de résonance se révèle inexistant. Trois ans après le beau film Les Innocentes, elle passe cette fois complètement à côté de ce qu’elle entreprend. Lire la suite »

Doubles Vies, d’Olivier Assayas

[bloc notes] 
« CACHEZ DONC CE HORS-CHAMP… »

Le dernier film d’Olivier Assayas, Doubles Vies, porte en lui quelque chose de peu aimable. On peine à comprendre ce qui intéresse vraiment Assayas dans ce quadruple portrait de Parisiens (Guillaume Canet, Juliette Binoche, Vincent Macaigne et Nora Hamzawi) gravitant dans le monde de l’édition. Son regard paraît étonnamment étriqué — faussement mordant, d’abord, puis de plus en plus complaisant, jusqu’à être, finalement, sans distance. Ces bourgeois, dont le capital est d’abord culturel, ne semblent pincés que pour être mieux caressés ensuite. Mais le problème du film n’est pas tout-à-fait là. Assayas peut bien filmer qui il veut, il n’y a ni sujets ni personnages qui n’aient droit de cité et la justesse du regard est la seule chose qui compte. Or c’est justement le regard porté qui est gênant. On n’attendait pas d’Assayas qu’il se transforme en satiriste façon Chabrol — ce qu’il n’a jamais été — mais pas non plus que la mollesse qu’il met à traquer les travers de ses personnages se double d’une réticence sans ambiguïté quand il s’agit de donner une place aux divers « hors-champ » pourtant appelés par le film. Lire la suite »

Les Estivants, de Valeria Bruni-Tedeschi & Deux fils, de Félix Moati

SIMPLES SPECTATEURS

Les Estivants, le nouveau film de Valeria Bruni-Tedeschi et Deux fils, le premier de Félix Moati n’ont apparemment pas grand-chose en commun mais ont produit sur moi la même indifférence dont l’élucidation n’est pas si évidente. Les films n’ont en effet rien de repoussant a priori et leurs ouvertures respectives sont prometteuses. D’un côté, le double échec d’Anna (Valeria Bruni-Tedeschi), à la fois sentimental (elle est quittée par Luca, l’acteur qu’elle aime) et professionnel (le CNC ne soutient plus ses films), au moment de retrouver, dans la propriété familiale de la Côte d’Azur, un microcosme qui l’étouffe. De l’autre, les crises existentielles conjuguées de Joseph (Benoît Poelvoorde, qui perd son frère et décide d’assumer qu’il se consacrera désormais à l’écriture), et ses fils Joachim et Ivan (Vincent Lacoste qui bloque sur sa thèse de psychiatrie et n’arrive pas à se remettre de ses peines de cœur, Mathieu Capella en crise mystique qui ne parvient pas à se faire aimer d’une camarade de classe). Soit, donc, des personnages en situation critique, avec dans les mains des boules de nœud(s) à résoudre qui devraient les rendre attachants ou du moins susciter de la curiosité. Lire la suite »

L’Heure de la sortie, de Sébastien Marnier

[Bloc-notes]

6 + 1

Le précédent film de Sébastien Marnier, Irréprochable, avait été l’un des plus beaux, des mieux écrits et des mieux mis en scène de 2016. Le scénario de celui-ci patine tout le milieu du film, la dramaturgie se reposant sur l’exploitation de la possible paranoïa du personnage principal sans pour autant faire avancer l’intrigue. On est dans Take Shelter (J.Nichols, 2011) mais Pierre Hoffman (Laurent Lafitte) n’a pas assez à perdre ou ne se met pas assez en danger pour que les péripéties de sa relation aux 6 élèves surdoués (vol d’ordinateur, espionnage, découverte de fichiers vidéos cachés) soient jamais très prenantes. C’est peut-être qu’à vouloir échapper aux enjeux attendus de ce type de films (le prof mis à pied pour immixtion dans l’intimité de ses élèves, l’élève maître-chanteur, le conflit entre profs sur le traitement à réserver aux élèves, etc.) le film oublie que Lafitte aussi est en danger.

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Une jeunesse dorée, d’Eva Ionesco

(Bloc-notes)

BAISERS GLACÉS

Le deuxième film d’Eva Ionesco souffre d’un manque d’incarnation. On peine à croire qu’il y ait vraiment quoi que ce soit de vivant sous les masques de ces plus ou moins jeunes dandys proclamant pourtant à qui veut l’entendre que la seule condition valable pour eux est une existence débridée, où tous les désirs, toutes les pulsions, tous les excès seraient non seulement autorisés mais érigés en lois.

On pourra d’abord penser que ce sont les contradictions des personnages et que, assez astucieusement, la mise en scène les pointe du doigt en désignant, au contraire du discours tenu, la rigidité des corps et la froideur des chairs. Mais ce serait ne pas voir que ni l’ouverture ni la clôture du film ne proposent de programme alternatif en contraste. Et de piquante et mordante que la mise en scène se devrait d’être vu le scénario, elle se contente d’offrir une retranscription de ce dernier assez plate et où absolument tout se vaut — la supposée sincérité et le jeu de masques, le désir réel et le désir joué, l’expression sobre et la parole sous drogues, les rires et les larmes — sans jamais que ce grand mélange ne provoque aucun vertige. L’absence de contraste est telle qu’il en devient difficile de discerner les arcs émotionnels des personnages. On se retrouve donc à essayer de restituer des intentions narratives tout en assistant à un cabotinage d’acteurs sur la scène d’un théâtre ni vraiment narratif, ni vraiment contemplatif.

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Un beau soleil intérieur, de Claire Denis

RESTER OPEN

J’ai vu peu de films en salle cette année, et davantage de rééditions que d’inédits. Vue de cette fin décembre, la liste des films découverts en 2017 est plutôt décevante. Quelques très beaux moments de cinéma émergent néanmoins.

Un beau soleil intérieur, de Claire Denis, est l’une de ces surprises, peut-être la plus marquante.  Lire la suite »

Deux documentaires (Homeland / Swagger)

Homeland : Irak, année zéro d’Abbas Fadhel (France/Irak – 2016)

 

Swagger d’Olivier Babinet (France – 2016)

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Nocturama, de Bertrand Bonello

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Le dernier film de Bertrand Bonello pâtit cruellement de l’actualité. Écrit avant le début de la vague d’attentats perpétrés en France, il a été tourné après ceux de Charlie Hebdo et de l’Hypercasher mais avant le Bataclan. Il sort un an plus tard, après le 13 novembre, après Nice et après Saint-Étienne-du-Rouvray. Cette actualité rend difficile de voir le film pour ce qu’il est vraiment : une réflexion quasi-parabolique sur la jeunesse. Au contraire, l’urgence à comprendre et le vide intellectuel qui accompagnent la vague d’attentats de 2015-2016 poussent à le regarder comme une sorte d’essai explicatif du terrorisme d’aujourd’hui ce qu’il n’est pas — ou pas directement.

De façon malheureuse, le film se trouve en effet dévié de la trajectoire qui aurait pu être la sienne. À savoir : être contemporain, donc pertinent, par le truchement de la fiction et non par un plus ou moins haut degré de réalisme. C’est d’autant plus dommage que c’est, on le verra, par ce biais-là (fiction et imaginaire) que le film atteint, partiellement, la visée de l’essai à savoir le décryptage de la complexité des événements contemporains.

La situation singulière de Nocturama oblige plus que jamais à un effort d’analyse. Il est indispensable de regarder le film pour ce qu’il est, c’est-à-dire comprendre comment il fonctionne, quelles pensées il sollicite et quelle image de la jeunesse (son sujet) et du monde (son cadre) il renvoie. Lire la suite »

Caché, de Michael Haneke

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Dans les redécouvertes de l’été, Caché (2005), de Michael Haneke pour qui je n’ai jamais eu d’affection particulière mais qui signe là un chef-d’œuvre. Haneke semble souvent franchir la limite où la pensée de la violence se transforme en son exercice. La situation dans laquelle se trouve le spectateur de Funny Games ou d’Amour met à juste titre très mal à l’aise. Quant au Ruban blanc, il reste très théorique, et relève peut-être plus de la démonstration que d’une démarche de questionnement ouverte. Ce film, néanmoins, est peut-être celui qui a le plus à voir avec Caché car la démarche d’Haneke y est comparable parce qu’exactement symétrique. Lire la suite »

La Cérémonie de Claude Chabrol

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Les pieds sur terre – France culture :
« Au lycée Alfred Kastler de Cergy Pontoise (95), des élèves de terminale regardent et commentent le film de Claude Chabrol La Cérémonie (1995) dans lequel une bonne (Sandrine Bonnaire) et une postière (Isabelle Huppert) font face à une famille bourgeoise. Rencontre autour du thème de la lutte des classes. »
écouter

AprèsLa Cérémonie - Chabrol

>>> propos de Claude Chabrol ; >>> Rien ne va plus de Claude Chabrol

Femmes entre elles

FEMMES ENTRE ELLES

Ces derniers mois sont sortis quelques films intéressants qui avaient pour héroïnes des femmes marquantes :

Irréprochable de Sébastien Marnier

La très grande précision du jeu de Marina Foïs est la première chose à noter dans ce premier film. Contrairement au nom qu’elle porte, Constance, la femme qu’elle joue est instable et n’a pas la lucidité suffisante pour devenir une froide calculatrice. Il y a du calcul dans ses actes, mais pas seulement et c’est ce qui la rend touchante. Jusqu’au bout, elle avance vers la catastrophe et le crime en paraissant l’ignorer. Elle ment tout le temps, semble dangereuse, mais la froideur qu’on pourrait trouver chez elle est remplacée par un flottement étrange, presque un aveuglement vis-à-vis de soi. Dans une maison où elle s’est introduite et un lit qui n’est pas le sien, elle remplit naturellement une grille de sudoku avant de se rendre compte que ça pourrait la trahir. Elle est déjà ailleurs, et pourtant toujours là, comme dans cette autre séquence, en boîte de nuit. Le monde du mensonge et le monde réel se rencontrent mais au lieu de se résoudre en un orage violent, le choc laisse le personnage paralysé, sidéré, le temps d’un long plan où, réfugiée contre un mur dans un coin de la salle, Constance est éclaboussée par les stroboscopes. Lire la suite »

Quand on a 17 ans, d’André Téchiné

vlcsnap-2016-04-03-03h07m01s164ÉLOGE DU MOUVEMENT ET DE LA CONFIANCE vlcsnap-2016-04-03-03h07m02s430

Avec Quand on a 17 ans, le cinéma d’André Téchiné retrouve l’extraordinaire vitalité qu’il avait perdue depuis Les Témoins (2007). A l’image des deux personnages centraux qui ne cessent de se jeter l’un contre l’autre pour se battre, le film étonne d’abord par l’énergie sauvage de sa mise en scène. Fidèle à lui-même, Téchiné déploie par la suite son goût du romanesque qui sert ici à contourner les pièges du naturalisme et du cinéma psychologique pour rendre disponible au cœur de son cinéma : une sagesse de l’apaisement, résolument optimiste.   Lire la suite »

Les Deux amis, de Louis Garrel

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Des Deux amis de Louis Garrel, retenir la puissance du jeu de Golshifteh Farahani. L’actrice iranienne dégage une intensité d’émotion qui la porte bien au-dessus des deux autres personnages. C’est bien naturel puisqu’elle est le pivot de l’intrigue, celle que se disputent gentiment Vincent Macaigne et Louis Garrel. Et néanmoins, elle récupère par son jeu la place que le scénario ne lui donne pas vraiment. Lire la suite »

Dheepan, de Jacques Audiard

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Il se dégage du dernier film de Jacques Audiard une odeur rance. Quelque chose d’un peu pourri, qui couvait déjà dans ses films précédents, et qui cette fois se découvre sans détour.

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« Les photographies, les reconstitutions, faute d’autre chose » (Hiroshima mon amour, d’Alain Resnais)

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 70 ans après les bombardements atomiques, et 56 ans après sa sortie, Hiroshima mon amour, le film de Resnais reste d’une grande actualité pour penser l’effet de la bombe. Sur un scénario de Duras, Resnais filme l’errance japonaise d’une actrice venue tourner un film sur Hiroshima et sa rencontre avec un Japonais. Elle, c’est Emmanuelle Riva qui au contact d’Eiji Okada, l’amant japonais, se perd dans les boucles du temps : en 1957, à Hiroshima, se trouvent mêlés le choc nucléaire et la France de la Libération, traumatismes vécus par les personnages mais qui ne peuvent plus être saisis que de façon fragmentaire, éclatée. La trame du film, à l’image de la mémoire au travail, est donc traversée de ces éclats de temps venus d’ailleurs : c’est donc Nevers en plein Hiroshima, 1945 en 1957. Et néanmoins, le film reste au présent. Les images venues du passé émergent dans le présent mais ne s’en détachent jamais. Le passé ne vaut jamais comme un temps indépendant du présent. Le passé de Nevers est donc indissociable du présent d’Hiroshima, et la première blessure (la mort de l’amant allemand et la tonte de la Libération) comme appelée ou suscitée par la blessure d’Hiroshima. Cette blessure, la Française ne l’a ni vue ni vécue : elle est à Hiroshima pour jouer une infirmière internationale dans un film de reconstitution. Mais le souvenir de la bombe, partout dans Hiroshima, et l’amour avec le Japonais sont comme des toiles tendues qui permettent de projeter Nevers. C’est donc Hiroshima qui, à dix ans d’intervalle, permet de panser la plaie de Nevers en la transformant en un souvenir qui ensuite peut être donné à l’oubli. Et dans ce processus-là, c’est finalement l’oubli d’Hiroshima qui se profile à l’horizon de l’histoire d’amour entre la Française et le Japonais. Lire la suite »

Séances d’été

Quelques films vus récemment :

  • Rien ne va plus de Claude Chabrol (France – 1997)
  • Les Chasses du Comte Zaroff d’Ernest B. Schoedsack et Irving Pichel (Etats-Unis – 1932)
  • American Sniper de Clint Eastwood (Etats-Unis – 2015)

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La Loi du marché, de Stéphane Brizé

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La dernière image de La Loi du marché (Stéphane Brizé – 2015) se présente avec une étrange familiarité. On y voit Vincent Lindon marcher sur un parking de grande surface anonyme pour regagner sa voiture. La caméra, qui a commencé à le suivre alors qu’il était encore à l’intérieur du magasin, en costume de travail, n’avance pas avec lui jusqu’à sa voiture. Elle l’abandonne quelques mètres avant, autorisant ainsi l’ensemble de son corps à s’imprimer sur l’écran. Mais ce qu’on voit d’abord, c’est un dos qui s’éloigne : l’image d’une fuite. Image familière parce qu’il y a un an, à la fin de Deux jours, une nuit (Jean-Pierre et Luc Dardenne – 2014), un autre dos se présentait à nous : celui de Marion Cotillard, quittant son entreprise avec à la main un sac de plastique renfermant le contenu de son casier personnel. Là aussi, il s’agissait d’une image de fuite. Lire la suite »

La Femme d’à côté – François Truffaut – 1981

Arnaud Desplechin : « là où ça fait peur »

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« Notes lacunaires » d’Arnaud Desplechin pour la préparation de Rois & Reine (France, 2005)

« Le pari du film tient dans l’idée que la plupart des films psychologiques offrent de faux sentiments en spectacle. Ou des sentiments mièvres. Tièdes ou faux, ces films ne donnent pas une impression d’action. Même obscénité, mêmes clichés dans les films d’Haneke ou dans la mièvrerie française. Dans le premier cas, fascination facile pour une cruauté fantasmée ; dans le lot commun, cet appétit incompréhensible pour un monde mou. Lire la suite »

Dix films de 2014

1. SILS MARIA,

d’Olivier Assayas (France)

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2. BOYHOOD,

de Richard Linklater (États-Unis)

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3. LÉVIATHAN,

d’Andreï Zviaguintsev (Russie)

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4. Bird People, de Pascale Ferran (France)

5. Only lovers left alive, de Jim Jarmusch (Allemagne, Angleterre)

6. Trois cœurs, de Benoît Jacquot (États-Unis)

7. Timbuktu, d’Abderrahmane Sissako (Mauritanie, France)

8. Interstellar, de Christopher Nolan (États-Unis)

9. A most violent year, de J.C. Chandor (États-Unis)

10. Le Vent se lève, de Hayao Miyazaki (Japon)

et aussi : Black Coal, de Diao Yi’nan (Chine) — Deux jours, une nuit, de Jean-Pierre et Luc Dardenne (Belgique) — Under the skin, de Jonathan Glazer (Royaume-Uni)

et : P’tit Quinquin, de Bruno Dumont

et après coup : Eastern Boys, de Robin Campillo

J’ai vu cette année une cinquantaine de films en salles, en comptant ceux vus à Cannes, soit moins du dixième de ce qui est sorti. L’année dernière, 654 films ont été distribués et il est probable qu’il y en a eu au moins autant en 2014. À défaut d’un bilan exhaustif impossible à dresser, il faut plutôt chercher à décrire les impressions qui resteront de cette année. En vrac donc : Lire la suite »

Sils Maria, d’Olivier Assayas

vlcsnap-2014-09-28-14h39m07s50 LES ARRIÈRE-MONDES vlcsnap-2014-09-28-14h39m10s74

Dans mes souvenirs, le film commence dans un train, dans une cabine ou dans un couloir. Je crois que la première image montre Valentine (Kristen Stewart), au téléphone, accoudée sur un mur, dans un couloir. Elle organise des rendez-vous, établit précisément le programme de l’actrice qu’elle seconde, Maria Anders (Juliette Binoche). Celle-ci apparaît quand Valentine regagne sa place : approcher l’actrice par les coulisses, donc. Les deux femmes sont en route vers Zurich où l’actrice doit recevoir un prix au nom du cinéaste et dramaturge qui l’a révélée vingt ans plus tôt en lui faisant jouer Ibsen. Un téléphone sonne : l’avocat de Maria l’appelle pour régler son litige autour de l’appartement parisien qu’elle partageait avec son désormais ex-mari : une période de crise, donc. Maria se lève, traverse un couloir et se réfugie sur une plateforme entre wagons pour téléphoner plus tranquillement. La caméra nous ramène à Valentine, dont le téléphone sonne lui aussi. On lui apprend que Wilhelm Melchior, le metteur en scène en question, vient de mourir. L’assistante se lève, traverse à son tour le couloir, cherche Maria, la trouve accroupie dans un coin du train, toujours en ligne. Elle lui fait signe qu’elle doit lui parler. Maria décolle l’oreille une minute. « Wilhelm Melchior vient de mourir ». La caméra cadre le visage interdit de l’actrice quelques secondes. Puis un noir. Lire la suite »

L’Homme qu’on aimait trop, d’André Téchiné

D’où vient la déception face à L’Homme qu’on aimait trop ? Au cœur du dernier film d’André Téchiné, et peut-être à l’origine de sa faiblesse, une tension entre deux tendances contradictoires : l’une vers le film de portait, l’autre vers le film de reconstitution. Ces deux tendances dessinent deux films possibles, avec deux régimes d’images possibles, entre lesquels André Téchiné ne tranche jamais vraiment et qui s’entremêlent jusqu’à se superposer.

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Coeurs, d’Alain Resnais

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«QUAND VOUS SOURIEZ… VOUS DEVRIEZ SOURIRE PLUS SOUVENT »

«  – Je ne suis pas persuadée moi non plus que l’Enfer existe. Pas plus que je ne sais quelle autre damnation. Mais s’il y a un feu de l’Enfer, c’est en nous qu’il brûle. Et c’est nous qui l’attisons avec nos faiblesses et avec nos défauts. Et si nous ne faisons rien pour l’éteindre, il nous consume et pire, il consume les autres.
– Il est en chacun de nous, c’est ce que vous dites Charlotte ?
– Oui, j’en suis persuadée !
– Même en vous ?
– Alors je dois y aller. » Lire la suite »

Mon âme par toi guérie, de François Dupeyron, Blue Jasmine, de Woody Allen & Nymphomaniac, vol.1, de Lars von Trier

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MON ÂME PAR TOI GUERIE d’abord. Lire la suite »

Dix films de 2013

1. LA VIE D’ADELE,
d’Abdellatif Kechiche (France)adele

2. L’INCONNU DU LAC,
d’Alain Guiraudie (France)inconnu3

3. A TOUCH OF SIN,
de Jia Zhang-ke (Chine)

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4. Mud : Sur les rives du Mississippi, de Jeff Nichols (États-Unis)

5.Django unchained, de Quentin Tarantino (États-Unis)

6.Snowpiercer, le Transperceneige, de Bong Joon-ho (Corée du Sud, États-Unis)
Michael Kohlhaas, d’Arnaud des Pallières (France)

8.The Immigrant, de James Gray (États-Unis)
Inside Llewyn Davis, de Joel et Ethan Coen (États-Unis)

10. Grand Central, de Rebecca Zlotowski (France)
Le Temps de l’aventure, de Jérôme Bonnell (France) *

LE VISAGE DE 2013

Tirer la synthèse d’une année de cinéma est impossible, et d’autant plus pour 2013. Cette année encore le nombre de films a augmenté (plus d’une quarantaine de films par mois) et il est donc quasiment impossible de tout voir. Surtout, et c’est plus intéressant, beaucoup de films cette année ont cherché à tracer un sillon qui leur soit propre, rendant difficile toute tentative de regroupement en catégories distinctes. Lire la suite »

Les Garçons et Guillaume, à table ! de Guillaume Gallienne

 LE FILM FRANÇAIS ET LE RIRE

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Le film de Guillaume Gallienne n’est certainement pas un grand film ; mais peut-être pas totalement vain pour autant. On a envie de lui faire crédit de ses quelques qualités plutôt que d’appuyer ses défauts, et d’abord parce qu’il a le mérite de retravailler une forme (ultra)classique dans le cinéma français. La comédie est probablement le premier ou deuxième genre le plus exploité dans le cinéma français, il est aussi le plus conventionnel sans doute. Les Garçons… ne marquera ni l’histoire ni l’esthétique du genre, mais à la manière de Camille redouble (2012, Lvovsky), il apporte un tant soit peu de nouveauté dans le répertoire des thèmes et des procédés de comédie. Lire la suite »

Prisoners, de Denis Villeneuve & Le Passé, d’Asghar Farhadi

L’ART DE LA MYSTIFICATION

Le nouveau film de Denis Villeneuve pose le même problème que Le Passé d’Asghar Farhadi. Les deux films semblent construits autour d’un questionnement moral qui serait leur cœur voilé à découvrir progressivement. Pendant deux heures, ici, Keller Dover (Hugh Jackman), père d’une fillette disparue, concentre toute l’attention et éclipse l’inspecteur de policier chargé de l’enquête (Jake Gyllenhaal). Ce père retient en effet prisonnier celui qu’il croit être le ravisseur de sa fille (Paul Dano). Ce second niveau de captivité est le plus intéressant car bientôt il devient évident que les deux fillettes sont mortes et le point aveugle vers lequel le film se dirige lentement est celui d’une remise en cause de nos certitudes morales. Le spectateur attend qu’on découvre enfin que le criminel n’est pas celui que le père détient, que l’innocent meure éventuellement, pour qu’enfin ce père de famille soit mis face au mal qui plane autant autour de lui qu’en lui. Le terrain est d’ailleurs tout à fait préparé : de longues séquences nous montrent en effet les allées et venues d’Hugh Jackman, seul ou avec le père de l’autre fillette (Terrence Howard), bientôt rejoint par sa femme (Viola Davis) dans la seconde moitié du film. De sorte que progressivement, cette sous-intrigue (le châtiment du faux coupable) dans l’intrigue (la disparition des fillettes) prend toute la place : le nombre de personnages impliqués augmente, la maltraitance infligée au suspect s’accentue, la possibilité de la culpabilité de celui-ci s’estompe de plus en plus.
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La Vie d’Adèle, chapitres 1 & 2 d’Abdellatif Kechiche

La Vie d'Adèle (A.Kechiche, 2013)

L’ART DE L’ESQUISSE

Une des premières séquences isolant Emma (Léa Seydoux) et Adèle (Adèle Exarchopoulos) a lieu dans un parc, sur un banc, peut-être en automne. Les deux jeunes filles viennent de se rencontrer. Adèle avait auparavant « fantasmé » Emma après l’avoir croisée dans la rue ; elles se sont retrouvées et pour la première fois passent du temps dans un endroit isolé des différents groupes auxquels elles appartiennent (amis, famille, travail, communauté lesbienne). Emma est en quatrième année aux Beaux Arts de Lille et très instinctivement semble-t-il elle dessine Adèle. Emma : « Tu es gênée ? » / Adèle : « Ouais, un peu ». A la fin de leur rendez-vous, la fille aux cheveux bleus présente à Adèle son travail dont elle précise qu’il n’est pas terminé*. Ce qu’elle aime, dit-elle, c’est regarder une personne et se saisir d’un élément pour en faire le cœur du dessin.

Depuis une vingtaine de minutes déjà, le film suit exactement cette méthode : après un premier plan de demi-ensemble montrant Adèle de dos quittant son domicile puis marchant dans la rue pour rejoindre le lycée, l’image se saisit elle aussi d’un détail. Ou plutôt de quelques détails – une bouche assez épaisse, un menton rebondi – qui sont devenus les seuls événements – et donc les centres d’attention – qui comptent vraiment sur l’écran. Le cadrage en gros plan qui domine largement facilite ce processus qui se met rapidement en place. La bouche d’Adèle fonctionne à l’échelle du film comme le détail qu’évoquait Emma à l’échelle du dessin… ou du tableau, dont Emma dit aussi qu’il n’est pas terminé. Ce n’est encore qu’une ébauche comme la première demi-heure n’est à l’échelle d’un film de trois heures qu’une esquisse.

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