Prisoners, de Denis Villeneuve & Le Passé, d’Asghar Farhadi

L’ART DE LA MYSTIFICATION

Le nouveau film de Denis Villeneuve pose le même problème que Le Passé d’Asghar Farhadi. Les deux films semblent construits autour d’un questionnement moral qui serait leur cœur voilé à découvrir progressivement. Pendant deux heures, ici, Keller Dover (Hugh Jackman), père d’une fillette disparue, concentre toute l’attention et éclipse l’inspecteur de policier chargé de l’enquête (Jake Gyllenhaal). Ce père retient en effet prisonnier celui qu’il croit être le ravisseur de sa fille (Paul Dano). Ce second niveau de captivité est le plus intéressant car bientôt il devient évident que les deux fillettes sont mortes et le point aveugle vers lequel le film se dirige lentement est celui d’une remise en cause de nos certitudes morales. Le spectateur attend qu’on découvre enfin que le criminel n’est pas celui que le père détient, que l’innocent meure éventuellement, pour qu’enfin ce père de famille soit mis face au mal qui plane autant autour de lui qu’en lui. Le terrain est d’ailleurs tout à fait préparé : de longues séquences nous montrent en effet les allées et venues d’Hugh Jackman, seul ou avec le père de l’autre fillette (Terrence Howard), bientôt rejoint par sa femme (Viola Davis) dans la seconde moitié du film. De sorte que progressivement, cette sous-intrigue (le châtiment du faux coupable) dans l’intrigue (la disparition des fillettes) prend toute la place : le nombre de personnages impliqués augmente, la maltraitance infligée au suspect s’accentue, la possibilité de la culpabilité de celui-ci s’estompe de plus en plus.
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