« La nuit artificielle »

Tag: film américain

Nocturnal Animals, de Tom Ford

vlcsnap-2017-01-15-22h27m57s349ATTENTION, FRAGILEvlcsnap-2017-01-15-22h27m20s589

Nocturnal Animals, de Tom Ford, n’est pas un film raté mais un mauvais film car c’est dès le projet, c’est-à-dire dès le scénario, que le bât blesse. Après A single man, dont on garde un souvenir vague mais assez plaisant, Tom Ford échoue cette fois à séduire tant l’histoire qu’il raconte et la manière qu’il a de la filmer sont fragiles. « Nocturnal Animals », c’est le titre du livre que reçoit Susan Morrow (Amy Adams en service minimum), galeriste en art contemporain de Los Angeles. Qui dit art contemporain dit monde des apparences, et qui dit monde des apparences dit tromperie et faux sentiments. Je ne pose pas l’équation moi-même, le film s’en charge, d’une manière simpliste, quasi-mathématique, en tout cas acharnée quand il s’agit d’illustrer l’idée sur laquelle il repose.  Lire la suite »

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Midnight Special, de Jeff Nichols

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MÉLANCOLIE AMÉRICAINE
(Midnight Special, héritier de Rencontres du troisième type)
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Discrètement, sous le masque du divertissement, Midnight Special est l’un des films américains les plus forts ces temps-ci. Il s’installe par son affiliation à une lignée de cinéma antérieure et par le positionnement qu’il adopte vis-à-vis d’elle, dans une position marquante pour le cinéma américain contemporain.

Le film suit le parcours de Roy (Michael Shannon), un homme d’une quarantaine d’années, en cavale avec son fils, Alton (Joel Edgerton), doté de pouvoirs surnaturels. Âgé de huit ans, l’enfant devient la proie d’une secte qui voit en lui le messie et des forces de l’ordre qui veulent l’empêcher de nuire. Le père, le fils et un ami policier se lancent donc sur les routes, en direction d’un mystérieux emplacement géographique où Alton pourra passer vers l’autre monde. Pour cette équipée réduite, le moteur de l’action est double : il s’agit autant de fuir ceux qui pourchassent que de se rapprocher du lieu qui protège.

Dans ses grandes lignes, le scénario est presque le même que celui de Rencontres du troisième type (1977), et ce n’est évidemment pas un hasard puisque c’est dans les pas de Spielberg que Jeff Nichols choisit de marcher. Ou plutôt, c’est à partir du chemin qu’il a tracé il y a quarante ans que Nichols choisit de penser. Car Midnight Special n’est pas un hommage qui se satisferait de remettre au goût du jour le brio des Anciens. C’est un film qui pense et le fait en prenant pour outil le cinéma de la génération précédente. Et si Jeff Nichols pense à partir de Spielberg, c’est d’abord qu’il ne le regarde plus les yeux grands ouverts. Plutôt que désigner avec admiration le geste de cinéma de Spielberg, il comprend qu’en être un descendant digne suppose l’accomplissement de gestes équivalents.

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The Revenant d’Alejandro González Iñárritu

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VANITÉ DES VANITÉS
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Magnifique par sa lumière et la plupart de ses cadres, le dernier film d’A. G. Iñárritu est d’une vanité absolue quand il s’agit de renouveler le film de survie ou de susciter la plus petite émotion sensorielle. Le mariage entre film de survie et film de revanche qu’il propose dès le début laissait pourtant espérer un développement plus original que n’est le film après deux heures trente. Et sans prendre l’originalité pour seul critère, le film déçoit aussi par sa lourdeur explicative.

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Carol de Todd Haynes

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UN GRAND FILM MENTALvlcsnap-2016-02-08-01h07m45s492

Les premières images marquantes du film de Todd Haynes montrent un trajet en taxi dans un New York plongé dans la nuit. Nous sommes en hiver et dehors les hommes portent des chapeaux et des costumes sombres, les femmes des manteaux de fourrure. C’est le paysage aux couleurs désaturées que s’est attaché à peindre Hopper, passant du noir et blanc à la couleur.

Dans le taxi est assise une jeune femme derrière les vitres embuées. Son visage est un peu flou mais on distingue, entre les taches de condensation, deux yeux perdus sur les rues qui défilent ; des yeux qui s’attardent sur les pas d’une grande femme blonde, Carol, qui marche à l’extérieur accompagnée d’un homme. Ce sont les deux personnages qu’on a vus juste avant la scène du taxi, dans la première séquence du film. Il est encore impossible de dire qui ils sont vraiment, seulement que cet homme a interrompu une fin de dîner entre les deux femmes et que Carol (Cate Blanchett) a abandonné la jeune femme du taxi (Rooney Mara) pour le suivre. Dans le taxi, les yeux de Rooney Mara attrapent au vol une autre image de Carol : le souvenir de son apparition dans un grand magasin de jouets new-yorkais. Lire la suite »

Trois films de William Friedkin

L’Exorciste (1973) m’a paru assez vieilli et souvent plus drôle qu’effrayant mais capable de produire une incontestable sensation de malaise, moins due au réalisme des effets spéciaux ou au degré de violence qu’à la nature de cette violence. Le mal qui s’empare de la jeune fille fait d’elle un démon catalyseur de tout un refoulé sexuel dérangeant. Les passages les plus glaçants ne sont pas ceux où elle dévale les escaliers coudes et genoux retournés mais les scènes de masturbation jusqu’au sang à l’aide d’un crucifix et celles où elle exhorte sa mère et les religieux venus l’exorciser à la prendre violemment. Il en ressort un malaise qui a moins à voir avec ce qui est vu directement qu’avec l’ambiance que Friedkin installe doucement mais sûrement. Quand le calme revient, il n’est donc pas étonnant que le malaise persiste. Il reste quelque chose du passage fugitif du mal à l’intérieur de l’enfant, mal dont la représentation à l’écran et la nature excèdent les seules nécessités du genre horrifique. Lire la suite »