« La nuit artificielle »

Tag: Clint Eastwood

Séances d’été

Quelques films vus récemment :

  • Rien ne va plus de Claude Chabrol (France – 1997)
  • Les Chasses du Comte Zaroff d’Ernest B. Schoedsack et Irving Pichel (Etats-Unis – 1932)
  • American Sniper de Clint Eastwood (Etats-Unis – 2015)

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Mud, de Jeff Nichols

LES CROYANCES JUVENILES OU L’EVIDENCE AMERICAINE
Sans titre 2

J’ai écrit quelque chose sur une certaine pureté qu’on trouve dans Un frisson dans la nuit (Play Misty for me). On retrouve dans Mud de Jeff Nichols, et quoique les deux films soient très différents, quelque chose de cette pureté typiquement américaine. Elle ne vient pas d’une simplicité des personnages qui sont bien plus denses ici – ne serait-ce que parce qu’ils ont une histoire propre. Dans Mud la pureté a à voir avec l’évidence : évidence du chemin régulier des enfants (Tye Sheridan et Jacob Lofland) vers l’île où se cache Mud (Matthew McConaughey), évidence de l’attachement d’Ellis à Mud, évidence des « croyances » d’Ellis – l’amour surtout. Et tout cela prend son sens au regard de la fin du film.

Dans l’avant-dernière séquence, Ellis, qui a déménagé en ville, regarde deux jeunes filles qui passent dans la rue et lui font un signe de tête. Il leur répond avec un sourire qui inscrit sur son visage le retour de la croyance (en l’amour) ébranlée précédemment (par les parents mariés certes, mais qui ne s’aiment plus ; May Pearl (Bonnie Sturdivant), la lycéenne qui lui fait croire qu’elle a des sentiments ; Juniper (Reese Witherspoon), l’amie de Mud qui l’aime moins que Mud ne l’aime). Le film fait le chemin inverse de certains autres qui se servent d’un parcours pour légitimer le passage d’une opinion à une autre. Ici, on aurait pu avoir un chemin vers le cynisme amoureux. Lire la suite »

Un frisson dans la nuit, de Clint Eastwood

LA CORDE RAIDE OU LA PURETÉ AMÉRICAINE

A peu près à la moitié du film se situe une séquence presque pastorale où Dave Gerland (Clint Eastwood) se retrouve avec son amie Tobie (Donna Mills) au milieu des bois, à faire l’amour, nus sur la berge d’une rivière. Le mouvement de régression est quasiment biblique. Ce qui est intéressant est alors la sensation de pureté qui entoure les deux personnages. Si Tobie est dès le départ une femme pure, Dave est au contraire censé incarner la figure du séducteur inconséquent. Mais ce trait de caractère ne prend jamais le dessus dans le film et malgré l’accumulation de signes qui ne trompent pas, il conserve lui aussi une forme de pureté. Il est difficile de savoir si Clint Eastwood en avait décidé ainsi ou si cela résulte de l’alchimie du tournage (il n’y a rien dans le scénario de ni particulièrement flatteur ni particulièrement accusateur à l’égard du personnage) (1). Toujours est-il que le film échappe par là à tout dogmatisme. Le film est résumé quelque part en ces termes : « Dans la charmante petite ville de Carmel, un séducteur tombe dans les griffes d’une de ses proies. » Mis à par le fait qu’Evelyn (Jessica Walter) n’est jamais vraiment une proie pour lui, il est surtout faux de décrire le personnage comme « un séducteur ». A aucun moment on ne le voit mener une entreprise réfléchie de séduction. Don Juan est très loin. Il se présente au contraire comme une force qui va, un homme très certainement amoureux de Tobie, passionné par son métier d’animateur musical pour une radio locale, mais absolument pas quelqu’un de préoccupé par la séduction active.
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