Nocturnal Animals, de Tom Ford

par Lamara Leprêtre-Habib

vlcsnap-2017-01-15-22h27m57s349ATTENTION, FRAGILEvlcsnap-2017-01-15-22h27m20s589

Nocturnal Animals, de Tom Ford, n’est pas un film raté mais un mauvais film car c’est dès le projet, c’est-à-dire dès le scénario, que le bât blesse. Après A single man, dont on garde un souvenir vague mais assez plaisant, Tom Ford échoue cette fois à séduire tant l’histoire qu’il raconte et la manière qu’il a de la filmer sont fragiles. « Nocturnal Animals », c’est le titre du livre que reçoit Susan Morrow (Amy Adams en service minimum), galeriste en art contemporain de Los Angeles. Qui dit art contemporain dit monde des apparences, et qui dit monde des apparences dit tromperie et faux sentiments. Je ne pose pas l’équation moi-même, le film s’en charge, d’une manière simpliste, quasi-mathématique, en tout cas acharnée quand il s’agit d’illustrer l’idée sur laquelle il repose. 

Malgré des fioritures de montage, la structure du film est très simple. Susan reçoit le livre écrit par Edward (Jake Gyllenhaal), son ancien compagnon, alors écrivain à la peine, et s’y plonge dans un moment de solitude où elle est délaissée par son mari. Trois niveaux de fiction s’entremêlent par la suite : la lecture du livre au présent, la projection fantasmatique du livre tel que le lit l’héroïne (avec un Michael Shannon gênant en flic texan), et le souvenir des moments passés avec Edward, l’écrivain, des années plus tôt. Le film avance ensuite par sauts aléatoires (c’est-à-dire gratuits) d’un niveau à l’autre avec une confiance aveugle dans la capacité qu’aurait le montage à remplacer une dramaturgie normalement ancrée dans une intrigue et des personnage solides. Ce qui fait fiction ici ne sont donc ni les personnages ni les situations dans lesquelles ils ont pris mais la mécanique parfaitement artificielle qui conduit à l’énoncé de la morale que Tom Ford plaque depuis le départ sur ce qu’il montre. Elle n’est pas très intelligente car parfaitement primaire et tient en une idée simple : on finit toujours pas payer car la vengeance est un plat qui se mange froid.

Au lieu d’action, le film est pris dans un formol statique où tout tremblote au lieu de bouger. À l’image de cette femme livre à la main du début à la fin, assise une fois sur son lit, une fois sur son canapé, une fois dans sa cuisine. Le vrai enjeu du film apparaît dans les cinq dernières minutes, quand on se demande si Edward viendra ou ne viendra pas au rendez-vous qu’il a donné à Susan. On se dit alors que ce qui précède est si peu organique que n’importe quelle fin serait valable. Pas tant parce que le film aurait tout de même réussi à construire des bribes de suspense ; c’est plutôt que, l’édifice étant tellement branlant — car bâti par juxtaposition de pièces désarticulées — aucune n’y aurait moins sa place qu’une autre. Qu’il vienne ou ne vienne pas, quelle différence puisqu’il n’y a rien de vivant dans ce film resté au stade de la vague idée désincarnée ? Surnage de tout ça des velléités critiques dirigées contre ce monde des « apparences » et de la beauté froide qui font tant fantasmer mais au charme desquelles le film lui-même n’est  pas insensible. Car quand on voit sa séquence inaugurale — très belle par ailleurs au niveau visuel  — on se dit que Tom Ford est aussi le premier à alimenter une machine dans laquelle une belle image l’emportera toujours sur un beau récit

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