« La nuit artificielle »

Mois : septembre, 2016

Juste la fin du monde, de Xavier Dolan

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DOLAN CONTRE DOLAN (bis)
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Juste la fin du monde, nouveau film de Xavier Dolan, sort deux ans après Mommy dont il est, d’un point de vue esthétique, la suite la plus fidèle. Dans l’intervalle, la mise en scène de Dolan n’a pas changé d’un pouce et semble maintenant faire système. L’adaptation de la pièce de Lagarce confirme en effet la tendance profonde à l’œuvre dans son cinéma qui tend, d’un point de vue formel, à se calquer sur le clip. Le défi qu’il s’est fixé semble en effet de réussir à charger d’une émotion cinématographique la forme qui en est sans doute le plus dénuée. Car à la différence du cinéma dont l’un des projets est de faire éclore l’émotion dans le temps et le mouvement, à partir de l’artifice et de la convention (comme au théâtre) le clip cherche une émotion instantanée et passe pour cela par l’artifice suprême qui consiste à mêler émotion musicale et émotion picturale pour essayer de recréer une émotion cinématographique. Le clip, c’est le régime uniquement commercial de la séduction : la belle image + la musique envoûtante, en un minimum de temps et avec un maximum d’impact. On ne laisse pas écouter, on fait entendre, on ne laisse pas voir, on montre. Voilà le clip, qui bannit l’espace de l’interprétation, le temps nécessaire à la naissance du personnage au théâtre, à l’opéra ou au cinéma.  Lire la suite »

Nocturama, de Bertrand Bonello

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Le dernier film de Bertrand Bonello pâtit cruellement de l’actualité. Écrit avant le début de la vague d’attentats perpétrés en France, il a été tourné après ceux de Charlie Hebdo et de l’Hypercasher mais avant le Bataclan. Il sort un an plus tard, après le 13 novembre, après Nice et après Saint-Étienne-du-Rouvray. Cette actualité rend difficile de voir le film pour ce qu’il est vraiment : une réflexion quasi-parabolique sur la jeunesse. Au contraire, l’urgence à comprendre et le vide intellectuel qui accompagnent la vague d’attentats de 2015-2016 poussent à le regarder comme une sorte d’essai explicatif du terrorisme d’aujourd’hui ce qu’il n’est pas — ou pas directement.

De façon malheureuse, le film se trouve en effet dévié de la trajectoire qui aurait pu être la sienne. À savoir : être contemporain, donc pertinent, par le truchement de la fiction et non par un plus ou moins haut degré de réalisme. C’est d’autant plus dommage que c’est, on le verra, par ce biais-là (fiction et imaginaire) que le film atteint, partiellement, la visée de l’essai à savoir le décryptage de la complexité des événements contemporains.

La situation singulière de Nocturama oblige plus que jamais à un effort d’analyse. Il est indispensable de regarder le film pour ce qu’il est, c’est-à-dire comprendre comment il fonctionne, quelles pensées il sollicite et quelle image de la jeunesse (son sujet) et du monde (son cadre) il renvoie. Lire la suite »