« La nuit artificielle »

Mois : août, 2015

Trois films de William Friedkin

L’Exorciste (1973) m’a paru assez vieilli et souvent plus drôle qu’effrayant mais capable de produire une incontestable sensation de malaise, moins due au réalisme des effets spéciaux ou au degré de violence qu’à la nature de cette violence. Le mal qui s’empare de la jeune fille fait d’elle un démon catalyseur de tout un refoulé sexuel dérangeant. Les passages les plus glaçants ne sont pas ceux où elle dévale les escaliers coudes et genoux retournés mais les scènes de masturbation jusqu’au sang à l’aide d’un crucifix et celles où elle exhorte sa mère et les religieux venus l’exorciser à la prendre violemment. Il en ressort un malaise qui a moins à voir avec ce qui est vu directement qu’avec l’ambiance que Friedkin installe doucement mais sûrement. Quand le calme revient, il n’est donc pas étonnant que le malaise persiste. Il reste quelque chose du passage fugitif du mal à l’intérieur de l’enfant, mal dont la représentation à l’écran et la nature excèdent les seules nécessités du genre horrifique. Lire la suite »

Fin août, début septembre

25 août 2015 — « Quand on sort du cinéma, rien ne vous étonne. N’importe quoi peu se produire, ça ne vous surprend pas. Tout peut arriver avec le plus grand naturel. »

Les Herbes folles (Resnais – 2008)

fin août — quelques visites d’appartement dans Paris, sans agents immobiliers, mais bien accompagné par André Dussollier (On connaît la chansonCœurs) et Sabine Azéma (Cœurs).

19 et 20 septembre Resnais, encore, mais je n’en fais pas une obsession. Week-end au bord du lac.

Nicolas – Et euh… une thèse… sur quoi ?
Camille – Sur… sur rien.
Nicolas – Ah ben c’est bien, ça prend pas beaucoup de temps, ça.
Odile – Mais non, c’est les chevaliers de l’an mil du lac des paysans.
Camille – Oh dis, c’est pas du tout ça.
Odile – C’est pas du tout ça ?
Camille – Non.
Odile – Bon, alors vas-y, c’est quoi :
Camille – Les chevaliers-paysans de l’an mil du lac de Paladru.
Odile – Qu’est-ce que j’ai, j’ai pas dit ça ?
Camille – Non.
Nicolas – Au lac de … ?
Camille – Paladru !
Nicolas – Mais… excuse-moi, mais il y a des gens que ça intéresse, ce… ?
Camille – Non, personne.
Nicolas – Mais pourquoi tu as choisi ce sujet alors ?
Camille – Pour faire parler les cons.
Odile – Oh, Camille !
Nicolas – Tu sais, moi, je te demandais ça, c’est plus une formalité qu’autre chose, hein.
Camille – C’est bien ce que j’avais compris.
Nicolas – Et puis à part ça, il faut être un peu indulgent avec les cons.
Camille – Je fais ce que je peux.

Lumière

Et Hollywood recréa le monde en séparant la lumière des ténèbres.

La Prisonnière du désert (The Searchers) de John Ford (Etats-Unis – 1957)
L’Aurore
 de Friedrich W. Murnau (Etats-Unis – 1927)

« Ce rectangle de porte ou de fenêtre qui accentue l’acte de voir, guide le regard vers un espace lui-même organisé, l’encadrement classique soulignant moins l’opération de perception que la structure qui ordonne les choses. Ford maintient le personnage au centre de l’encadrement, et le dessin ordonné de la porte souligne une organisation alors même qu’il masque la composition et bouche l’espace. Cette trouée gagne alors une fragilité, et lorsque la porte s’accompagne d’une silhouette contemplatrice, Ford retrouve la posture des peintures romantiques : le corps humain redevient frontière interrogatrice et fragile entre deux règnes. » (Pierre Berthomieu, Le Temps des géants, p.205)

« Les photographies, les reconstitutions, faute d’autre chose » (Hiroshima mon amour, d’Alain Resnais)

Capture2015-08-10-18h39m33s607  
 70 ans après les bombardements atomiques, et 56 ans après sa sortie, Hiroshima mon amour, le film de Resnais reste d’une grande actualité pour penser l’effet de la bombe. Sur un scénario de Duras, Resnais filme l’errance japonaise d’une actrice venue tourner un film sur Hiroshima et sa rencontre avec un Japonais. Elle, c’est Emmanuelle Riva qui au contact d’Eiji Okada, l’amant japonais, se perd dans les boucles du temps : en 1957, à Hiroshima, se trouvent mêlés le choc nucléaire et la France de la Libération, traumatismes vécus par les personnages mais qui ne peuvent plus être saisis que de façon fragmentaire, éclatée. La trame du film, à l’image de la mémoire au travail, est donc traversée de ces éclats de temps venus d’ailleurs : c’est donc Nevers en plein Hiroshima, 1945 en 1957. Et néanmoins, le film reste au présent. Les images venues du passé émergent dans le présent mais ne s’en détachent jamais. Le passé ne vaut jamais comme un temps indépendant du présent. Le passé de Nevers est donc indissociable du présent d’Hiroshima, et la première blessure (la mort de l’amant allemand et la tonte de la Libération) comme appelée ou suscitée par la blessure d’Hiroshima. Cette blessure, la Française ne l’a ni vue ni vécue : elle est à Hiroshima pour jouer une infirmière internationale dans un film de reconstitution. Mais le souvenir de la bombe, partout dans Hiroshima, et l’amour avec le Japonais sont comme des toiles tendues qui permettent de projeter Nevers. C’est donc Hiroshima qui, à dix ans d’intervalle, permet de panser la plaie de Nevers en la transformant en un souvenir qui ensuite peut être donné à l’oubli. Et dans ce processus-là, c’est finalement l’oubli d’Hiroshima qui se profile à l’horizon de l’histoire d’amour entre la Française et le Japonais. Lire la suite »

Séances d’été

Quelques films vus récemment :

  • Rien ne va plus de Claude Chabrol (France – 1997)
  • Les Chasses du Comte Zaroff d’Ernest B. Schoedsack et Irving Pichel (Etats-Unis – 1932)
  • American Sniper de Clint Eastwood (Etats-Unis – 2015)

riennevaplus Lire la suite »