« La nuit artificielle »

Mois : avril, 2014

Her, de Spike Jonze

L’IMAGE MANQUANTE

Le début du film jusqu’à cette scène d’amour est assez passionnant. Description de notre monde dans un autre temps ; donc description d’un autre monde où les technologies numériques se sont perfectionnées jusqu’à devenir de plus en plus semblables aux hommes. C’est donc naturellement que Theodore Twomble (Joaquin Phoenix) achète un assistant virtuel sur téléphone portable qui se révèle être une femme à la voix sensuelle et qui choisit pour nom « Samantha »(Scarlett Johansson). Il en tombe amoureux et avant la moitié du film, les deux personnages « font » l’amour.

La séquence commence de la même façon qu’une scène de sexe virtuel antérieure où Theodore se retrouvait à parler avec une inconnue rencontrée sur un chat d’adultes au milieu de la nuit. La caméra au-dessus du visage du personnage, filmé en plan rapproché : image conforme aux visages filmés en webcam et qui flottent par milliers dans l’océan d’Internet. Theodore et « Samantha » entament donc un ébat virtuel plus réussi que celui qu’il avait eu avec l’inconnue. Un peu avant qu’ils parviennent à l’orgasme, l’image s’efface et le noir gagne tout l’écran. Ne restent plus alors que deux voix qui flottent et dont la corporéité ou la virtualité est indiscernable. Sa voix à lui ne vaut pas plus que sa voix à elle. Le film réussit alors, et de la moins spectaculaire des façons, à s’élever à la hauteur d’un questionnement métaphysique que son dispositif rendait pourtant incontournable. Lire la suite »

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La ville dans le film noir américain

Kiss of death 1
VALEUR DE LA VILLE DANS LE FILM NOIR AMERICAIN
Murder my sweet2

Lorsqu’Ernest Lehman écrit le scénario de North by Northwest pour Alfred Hitchcock, il sait que le cinéaste aime subvertir les codes tacites du cinéma américain, et particulièrement la construction des passages stratégiques (ouverture, climax, clôture). L’ouverture de Dial M for Murder utilise le montage rapide non pas pour accélérer le rythme auquel sont délivrées les informations mais pour brouiller le portrait de Margot Wendice (Grace Kelly), celle de Rear Window présente la même actrice en total décalage avec l’appartement de Jefferies (James Stewart) comme pour dénoncer les procédés habituels pour l’entrée des stars à l’écran. Dans North by Northwest, c’est le climax qui est transfiguré. La poursuite du héros (Cary Grant) par ceux qui veulent l’abattre se déroulera donc dans un espace à l’exact opposé de ceux habituellement montrés : un paysage de champs de blé à perte de vue, en plein jour et par beau temps. Lehman prend alors le contrepied des attentes d’une génération de spectateurs formés dans les années 1940 et 1950 par les films à intrigues policières : le film de gangster, le film policier et avant tout le film noir. Lire la suite »

Coeurs, d’Alain Resnais

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«QUAND VOUS SOURIEZ… VOUS DEVRIEZ SOURIRE PLUS SOUVENT »

«  – Je ne suis pas persuadée moi non plus que l’Enfer existe. Pas plus que je ne sais quelle autre damnation. Mais s’il y a un feu de l’Enfer, c’est en nous qu’il brûle. Et c’est nous qui l’attisons avec nos faiblesses et avec nos défauts. Et si nous ne faisons rien pour l’éteindre, il nous consume et pire, il consume les autres.
– Il est en chacun de nous, c’est ce que vous dites Charlotte ?
– Oui, j’en suis persuadée !
– Même en vous ?
– Alors je dois y aller. » Lire la suite »