Rencontres du troisième type, de Steven Spielberg

par Lamara Leprêtre-Habib

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Rencontres du troisième type est un grand film sur l’enfance. Ce sont les derniers plans du film qui finissent d’en convaincre. Plutôt que nous apprendre ce que deviennent par exemple la femme et les enfants de Roy Neary (Richard Dreyfuss) ou si la population finit par se rendre compte de ce qu’on a essayé de lui cacher, Steven Spielberg décide de rompre tout lien avec la terre ferme. La dernière séquence, sur laquelle s’affiche le générique, montre l’envol du vaisseau spatial venu rendre des terriens disparus pour certains depuis des années et emmener ceux qui n’ont pas perdu leur âme d’enfant. Neary sera du voyage, tandis que le professeur Lacombe (François Truffaut) reste ébahi, au sol. La beauté du film qui s’achève alors vient de ce qu’il a fait émerger par touches successives cette même âme d’enfant chez les personnages principaux : le père de famille qui dès le début du film défend Pinocchio et le cinéma merveilleux face à ses enfants qui eux préfèrent le golf ; le petit garçon réveillé dans la nuit parce que ses jouets se sont mis à fonctionner sous l’effet du magnétisme des vaisseaux spatiaux ; mais aussi le scientifique Lacombe, dont l’instrument de communication avec ces visiteurs d’un autre monde est un xylophone géant (aux couleurs de l’arc-en-ciel naturellement, sinon ce ne serait pas un jouet). A mesure que le film avance, donc, chacun est touché par la même soif qui pousse à quitter le foyer pour se lancer dans la nuit (l’enfant), à l’assaut d’un énorme rocher (Neary) ou à travers le désert de Gobi (Lacombe). La présence de François Truffaut dans la distribution, dont on sait par ailleurs l’attachement à l’enfance, ne rend que plus émouvantes les dernières minutes du film.

Cest dans le sourire de ravissement qu’affichent tous les personnages que s’opère la véritable synthèse du temps dans le film. Elle n’est pas le produit du retour sur terre des Américains qui avaient disparu et qui sont rendus à la Terre par les extraterrestres. Elle vient plutôt de ce qu’avec l’envol du vaisseau vers l’espace se trouve superposée sur des corps de différents âges la même strate temporelle : l’enfance. L’intelligence du film découle donc des dernières images : le film est une ascension, un vrai parcours, et c’est cela qu’il faut louer. L’enfance n’est pas ce qui règne sur le film mais ce qui l’emporte à l’arrachée. Autrement dit, Spielberg ne sacrifie pas tout pour elle mais montre comment les personnages sacrifient pour elle. Il y a de la guimauve dans le film, bien entendu, mais d’où viennent tous les personnages à la fin ? Le petit garçon blond a pu être emmené par les extraterrestres parce qu’il vit seul avec sa mère, sans père. Le père de famille est pieds et poings liés par sa femme et ses enfants. Le film ne montre pas tant comment on va vers l’enfance (la présence extraterrestre est finalement assez brève) mais comment on se libère des attaches terrestres pour se rendre disponible à elle. Plane donc dans le lointain un trauma familial qui, sans miner la guimauve, permet qu’elle ne soit jamais indigeste.

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Rencontres du troisième type (Close encounters of the third kind) de Steven Spielberg. Scénario de Steven Spielberg. Directeur de la photographie : Vilmos Zsigmond, William A.Fraker, Frank Stanley, Douglas Slocombe et Allen Daviau. Son de Steve Katz.
Format: 2,35:1. Durée: 129 mn.
Avec : Richard Dreyfuss (Roy Neary), François Truffaut (Claude Lacombe), Teri Garr (Ronnie Neary), Melinda Dillon (Jillian Guiler), Bob Balaban (David Laughlin).
1977. Etats-Unis.

(24 janvier 2014)

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