« La nuit artificielle »

Mois : novembre, 2013

Inside Llewyn Davis, de Joel et Ethan Coen

LES MÉTAMORPHOSES DU CHAT

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La deuxième séquence de « Inside Llewyn Davis » montre le réveil d’un homme. C’est Llewyn Davis (joué par Oscar Isaac), le chanteur qu’on vient de voir se produire dans un bar avant d’être passé à tabac par un homme à l’arrière du bar. C’est un chat, le chat vivant dans l’appartement où il a réussi à se faire héberger, qui le réveille.

La première séquence se présente comme une introduction du personnage assez classique : d’abord le visage en gros plan (le chanteur au café), puis le corps en plan de demi-ensemble (dans la rue). Cette introduction, la deuxième séquence la rejoue : d’abord le visage endormi, en gros plan, puis le corps qui se réveille et passe la tête dans le couloir pour savoir si ses hôtes sont encore là (demi-ensemble). La seule différence tient dans l’introduction d’un chat qui a droit, lui aussi, à une présentation en gros plan (la face du chat sur tout l’écran) et en demi-ensemble (le chat dans le couloir). Le film s’ouvre donc en posant les bases d’une potentielle future métaphore : Llewyn – le chat. Très intelligemment pourtant, les frères Coen n’offriront jamais au spectateur l’actualisation de cette métaphore. Le chat disparaît rapidement et ne reste plus alors sur l’écran que Llewyn Davis. Le personnage, traînant son échec, décide de quitter New York pour gagner Chicago où l’attend une nouvelle fois l’insuccès. Le gérant d’une salle de spectacle, après l’avoir écouté chanter, cache sa joie (« On ne va pas faire beaucoup d’argent avec ça »). Et Llewyn Davis, à peine arrivé, repart pour New York. Lire la suite »

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Problématique du spectateur (Sueurs froides, d’Alfred Hitchcock)

PROBLÉMATIQUE DU SPECTATEUR

L’ouverture de Vertigo d’Alfred Hitchcock est la meilleure introduction au questionnement sur la place du spectateur.

1Le film raconte dans ses grandes lignes la fascination d’un homme pour une femme et ses conséquences. John Ferguson, surnommé Scottie, (James Stewart), policier sur la touche, est chargé de suivre Madeleine, la femme d’un de ses amis, prétendument habitée par une de ses ancêtres. Il la surveille jusqu’à ce qu’en trompant sa vigilance elle 3parvienne à se suicider. Mais bientôt elle semble revenue d’entre les morts en la personne de Judy, une jeune femme qui lui ressemble à s’y méprendre. La fin du film apprendra qu’il n’y a depuis le début qu’une seule femme. Judy est en fait la maîtresse de l’ami de Scottie et le couple adultère cherche à se 2débarrasser de la femme légitime. Scottie, n’ayant jamais vu Madeleine, croit la voir lorsqu’il rencontre en fait Judy… qui le mène à la baguette jusqu’au meurtre de la vraie Madeleine (l’épouse jetée du haut d’un clocher) qu’il croit être un suicide (prise de démence, elle se serait jetée volontairement). Lire la suite »

Snowpiercer, Le Transperceneige, de Bong Joon-ho

TITANIC SUR RAILS
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Le dernier film de Bong Joon-ho commence exactement là où l’horreur « 2012 » (R.Emmerich, 2009) finissait. Pour mémoire, le dernier plan du film montrait des passagers montant sur un énorme bateau après que des cataclysmes ont détruit les principales zones de vie sur la planète : grosso modo, les restes de l’humanité sur l’Arche de Noé. Au départ de Snowpiercer, il ne s’agit plus d’un navire mais d’un train qui tourne continuellement autour de la terre. S’arrêter reviendrait à mourir puisque le monde, ayant voulu se sauver du réchauffement climatique, a déclenché une nouvelle ère glacière dont il a perdu le contrôle. Ce train concentrant les derniers humains vivants, on y retrouve à grande échelle une hiérarchisation entre classes : tandis que les passagers de première boivent, se droguent et dansent, les passagers de troisième classe sont enfermés dans les derniers wagons. Tout l’imaginaire noir que le XXème siècle a fait naître autour du train est ici réactivé par le cinéaste : le monde concentrationnaire n’est en effet jamais loin (gardiens dignes de kapos, entassement, perte de l’identité).

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L’Esprit du temps, de Johan van der Keuken

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Mud, de Jeff Nichols

LES CROYANCES JUVENILES OU L’EVIDENCE AMERICAINE
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J’ai écrit quelque chose sur une certaine pureté qu’on trouve dans Un frisson dans la nuit (Play Misty for me). On retrouve dans Mud de Jeff Nichols, et quoique les deux films soient très différents, quelque chose de cette pureté typiquement américaine. Elle ne vient pas d’une simplicité des personnages qui sont bien plus denses ici – ne serait-ce que parce qu’ils ont une histoire propre. Dans Mud la pureté a à voir avec l’évidence : évidence du chemin régulier des enfants (Tye Sheridan et Jacob Lofland) vers l’île où se cache Mud (Matthew McConaughey), évidence de l’attachement d’Ellis à Mud, évidence des « croyances » d’Ellis – l’amour surtout. Et tout cela prend son sens au regard de la fin du film.

Dans l’avant-dernière séquence, Ellis, qui a déménagé en ville, regarde deux jeunes filles qui passent dans la rue et lui font un signe de tête. Il leur répond avec un sourire qui inscrit sur son visage le retour de la croyance (en l’amour) ébranlée précédemment (par les parents mariés certes, mais qui ne s’aiment plus ; May Pearl (Bonnie Sturdivant), la lycéenne qui lui fait croire qu’elle a des sentiments ; Juniper (Reese Witherspoon), l’amie de Mud qui l’aime moins que Mud ne l’aime). Le film fait le chemin inverse de certains autres qui se servent d’un parcours pour légitimer le passage d’une opinion à une autre. Ici, on aurait pu avoir un chemin vers le cynisme amoureux. Lire la suite »