« La nuit artificielle »

Paysage avec Saint Jérôme, de Joachim Patinir

Au hasard d’une visite au Prado, à Madrid, je suis frappé par les toiles de Joachim Patinir, un peintre flamand à cheval sur les XVe et XVIe siècle. Son nom m’évoque vaguement quelque chose, mais j’aurais été incapable de le convoquer spontanément auparavant.

Parmi ses toiles, un Paysage avec Saint Jérôme achevé en 1517.

PAYSAGE AVEC SAINT JÉRÔME (1516-1517)

Joachim Patinir 
(1483, Bouvignes-sur-Meuse – 1524, Anvers)
Musée du Prado (Madrid)

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Synonymes, de Nadav Lapid

 PARIS, JE T’AIME

Ce qui étonne d’abord dans Synonymes, c’est l’extraordinaire vitalité de la mise en scène de Nadav Lapid. Absolument souveraine, libérée de tous carcans, elle s’aventure où elle veut quand elle veut, au mépris parfois de la lisibilité, au mépris souvent d’un idéal de transparence de la mise en scène dont on pourrait dire qu’il est revenu en grâce, 60 ans après la Nouvelle Vague, dans la majeure partie de la production. Et qu’il soit assumé ou non, cet idéal laisse trop souvent la place, comme seule alternative, à des poses auteuristes dissimulant mal un vide de pensée ne contribuant pas moins à l’édification d’un nouveau mainstream. Lire la suite »

Blanche comme Neige, d’Anne Fontaine

REGARD MASCULIN

Le dernier film d’Anne Fontaine est très décevant parce qu’il ne tient pas la promesse faite à l’ouverture de revisiter le conte des frères Grimm. Au lieu d’une adaptation assumant la singularité d’un point de vue sur une matière devenue au fil du temps propriété collective, la cinéaste propose une transposition léchée, sans aspérités, et dont le potentiel de résonance se révèle inexistant. Trois ans après le beau film Les Innocentes, elle passe cette fois complètement à côté de ce qu’elle entreprend. Lire la suite »

Doubles Vies, d’Olivier Assayas

[bloc notes] 
« CACHEZ DONC CE HORS-CHAMP… »

Le dernier film d’Olivier Assayas, Doubles Vies, porte en lui quelque chose de peu aimable. On peine à comprendre ce qui intéresse vraiment Assayas dans ce quadruple portrait de Parisiens (Guillaume Canet, Juliette Binoche, Vincent Macaigne et Nora Hamzawi) gravitant dans le monde de l’édition. Son regard paraît étonnamment étriqué — faussement mordant, d’abord, puis de plus en plus complaisant, jusqu’à être, finalement, sans distance. Ces bourgeois, dont le capital est d’abord culturel, ne semblent pincés que pour être mieux caressés ensuite. Mais le problème du film n’est pas tout-à-fait là. Assayas peut bien filmer qui il veut, il n’y a ni sujets ni personnages qui n’aient droit de cité et la justesse du regard est la seule chose qui compte. Or c’est justement le regard porté qui est gênant. On n’attendait pas d’Assayas qu’il se transforme en satiriste façon Chabrol — ce qu’il n’a jamais été — mais pas non plus que la mollesse qu’il met à traquer les travers de ses personnages se double d’une réticence sans ambiguïté quand il s’agit de donner une place aux divers « hors-champ » pourtant appelés par le film. Lire la suite »

Ma vie avec John F. Donovan, de Xavier Dolan

(Bloc-notes)

Ma vie avec John F. Donovan, le dernier film de Xavier Dolan, pose les mêmes problèmes que le précédent en termes de mise en scène. Car comme dans Juste la fin du monde (2016), le regard sur ce qui est filmé est étouffant et laisse peu ou pas de place à l’émotion. Dans l’adaptation du texte de Jean-Luc Lagarce dont la puissance invitait pourtant à la retenue, Dolan enserrait les comédiens dans des cadres réduits et multipliait les figures de style pompières. Comme si la langue, les personnages et les situations pré-existants ne suffisaient pas à émouvoir, Dolan travaillait à intensifier à tout prix sa matière quitte à la dévitaliser en donnant l’impression de ne pas voir l’or qu’il avait dans les mains. Dans Ma vie avec John F. Donovan, la mécanique et la même et la justesse de l’argument se perd sous un feuilleté — un pailleté conviendrait mieux à l’esthétique Dolan — qui s’avère finalement indigeste. Lire la suite »

Les Éternels, de Jia Zhang-ke

Les Eternels 1SUR LE RÉELLes Eternels 2

Ce qui impressionne le plus dans le dernier film de Jia Zhang-ke est l’amplitude de son regard. De la Chine, on ressent le battement du cœur, quelque chose d’aussi puissant que ce que fait Andreï Zviaguintsev en Russie (voir Léviathan) et dont on est forcé de constater qu’il n’y a pas d’équivalent en France. Ce qui fascine dans Les Éternels n’est pas la puissance du discours qu’on trouverait en filigrane — de discours, on ne trouve pas trace — mais l’ambition qu’on sent dans le geste du cinéaste, de donner à voir et sentir quelque chose de l’époque. Le sujet du film, s’il fallait en identifier un, serait quelque chose comme « une histoire d’amour en Chine au début du XXe siècle ». En suivant sur 20 ans la trajectoire de Qiao (ZHAO Tao), son héroïne amoureuse de Bin (LIAO Fan) petit caïd au début du film, Jia Zhang-ke dessine un paysage en mouvement de cet État-continent. Libre à nous d’en saisir ce qu’on peut et de discourir à partir de ça car le film, lui, travaille davantage l’absence de sens que la révélation ou transmission d’une vérité qu’il aurait mise au jour. Lire la suite »

Les Estivants, de Valeria Bruni-Tedeschi & Deux fils, de Félix Moati

SIMPLES SPECTATEURS

Les Estivants, le nouveau film de Valeria Bruni-Tedeschi et Deux fils, le premier de Félix Moati n’ont apparemment pas grand-chose en commun mais ont produit sur moi la même indifférence dont l’élucidation n’est pas si évidente. Les films n’ont en effet rien de repoussant a priori et leurs ouvertures respectives sont prometteuses. D’un côté, le double échec d’Anna (Valeria Bruni-Tedeschi), à la fois sentimental (elle est quittée par Luca, l’acteur qu’elle aime) et professionnel (le CNC ne soutient plus ses films), au moment de retrouver, dans la propriété familiale de la Côte d’Azur, un microcosme qui l’étouffe. De l’autre, les crises existentielles conjuguées de Joseph (Benoît Poelvoorde, qui perd son frère et décide d’assumer qu’il se consacrera désormais à l’écriture), et ses fils Joachim et Ivan (Vincent Lacoste qui bloque sur sa thèse de psychiatrie et n’arrive pas à se remettre de ses peines de cœur, Mathieu Capella en crise mystique qui ne parvient pas à se faire aimer d’une camarade de classe). Soit, donc, des personnages en situation critique, avec dans les mains des boules de nœud(s) à résoudre qui devraient les rendre attachants ou du moins susciter de la curiosité. Lire la suite »